Les faux sites Mounjaro continuent de se multiplier sur Internet, au point de provoquer une nouvelle procédure UDRP d’envergure devant le Centre d’arbitrage et de médiation de l’OMPI. Dans la décision D2026-0836, le groupe pharmaceutique américain Eli Lilly and Company obtient le transfert de dix noms de domaine litigieux. Ils ont été utilisés pour promouvoir des produits tiers, des alternatives prétendument “naturelles” ou des versions à bas prix du célèbre traitement MOUNJARO.
Les noms de domaine concernés sont : <anastasiacmounjaro.online>, <cheapmounjaro.app>, <monjaroo.shop>, <moujarodepobre.site>, <mounjarodepobreoficial.shop>, <mounjarodospobres.site>, <mounjaromaterno.shop>, <mounjaronaturaloficial.com>, <mounjaro21dias.fun> et <receitadomounjaro.online>.
Cette affaire illustre une nouvelle fois l’essor des faux sites Mounjaro. Ils exploitent ainsi la notoriété d’un médicament particulièrement médiatisé depuis son autorisation par la FDA américaine en mai 2022.
Eli Lilly et la marque MOUNJARO
Eli Lilly and Company est une société pharmaceutique américaine fondée dans l’État d’Indiana et basée à Indianapolis. Le laboratoire commercialise des préparations pharmaceutiques dans le monde entier. Il possède notamment la marque MOUNJARO destinée au traitement du diabète de type 2.
Le médicament fait l’objet d’un site officiel accessible via Mounjaro officiel. Le nom de domaine <mounjaro.com> a été enregistré dès le 21 octobre 2019. Il a ensuite été utilisé commercialement à partir du 17 mai 2022.
Dans la décision UDRP, le panel souligne que le médicament bénéficie d’une forte couverture médiatique depuis son approbation par la FDA. Les ventes sous la marque MOUNJARO ont également généré un impact financier majeur pour le laboratoire. Le caractère notoire de la marque ne fait donc aucun doute.
Faux sites Mounjaro : une procédure UDRP consolidée
Cette décision présente une particularité importante. Il s’agit d’une procédure extrajudiciaire consolidée. C’est-à-dire qu’elle porte sur plusieurs noms de domaine exploités selon des méthodes similaires.
L’expert constate que tous les noms de domaine litigieux ont été enregistrés sur une période d’un peu plus de 24 semaines en 2025. Les sites présentent de nombreux points communs :
même configuration technique ;
même bureau d’enregistrement ;
contenus similaires ;
graphismes comparables ;
mêmes thématiques autour de MOUNJARO ;
structures de noms de domaine proches ;
adresses de contact localisées dans des zones similaires.
Le panel relève également que chaque nom de domaine peut être relié aux autres grâce à ces caractéristiques communes. Cette convergence permet donc de traiter l’ensemble du dossier dans une seule procédure UDRP.
Une exploitation commerciale trompeuse de la marque MOUNJARO
Le panel considère que chacun des noms de domaine litigieux renvoie vers un site proposant à la vente ou faisant la promotion de produits tiers en référence directe à la marque MOUNJARO.
Les défendeurs utilisent notamment des expressions évoquant :
des alternatives “bon marché” ;
des solutions “naturelles” ;
des remèdes “officiels” ;
des cures rapides.
Selon le Groupe d’experts, cet usage commercial vise clairement à tirer profit de la renommée de la marque du laboratoire américain. Les internautes peuvent croire, à tort, que ces produits bénéficient d’un lien économique, d’un parrainage ou d’une validation par Eli Lilly and Company.
Le panel rappelle donc qu’un tel usage ne constitue pas une offre de bonne foi au sens des Principes directeurs UDRP.
La décision insiste aussi sur un élément déterminant : MOUNJARO constitue un terme inventé et distinctif. Les défendeurs ne peuvent donc pas prétendre avoir choisi ce mot par hasard. Le contenu des sites démontre au contraire une parfaite connaissance du médicament et de la marque du plaignant.
Le Groupe d’experts conclut ainsi que les noms de domaine litigieux ont été enregistrés de mauvaise foi afin de cibler délibérément la notoriété de MOUNJARO.
Une stratégie déjà observée avec d’autres faux sites Mounjaro
Cette décision rappelle fortement une autre affaire rendue en 2025 concernant le nom de domaine <mounjaroofficial.com> dans le dossier D2025-1190.
Faux site médicament Mounjaro contrefait
Dans cette précédente affaire, le terme “official” était déjà associé à la marque afin de renforcer artificiellement la crédibilité du site. Le panel relevait alors que le nom de domaine redirigeait les internautes vers une plateforme vendant vraisemblablement des contrefaçons ou des produits du marché gris, parfois sans ordonnance et dans des juridictions non autorisées.
Le défendeur ne précisait par ailleurs aucun lien avec le laboratoire américain et commercialisait également des produits concurrents.
Voir la décision : Décision UDRP D2025-1190 sur mounjaroofficial.com
Le laboratoire a également obtenu gain de cause dans une autre procédure UDRP en 2024 visant le nom de domaine <mounjarostore.com> dans l’affaire D2024-0412.
Dans ce litige, le panel considérait déjà que le défendeur utilisait la notoriété de la marque MOUNJARO pour attirer les internautes vers un site commercialisant des produits contrefaits ou issus du marché gris.
Voir la décision : Décision UDRP D2024-0412 sur mounjarostore.com
Faux Site Mounjaro diabète
Une vigilance indispensable face aux faux sites pharmaceutiques
Cette nouvelle décision confirme que les faux sites Mounjaro constituent une cible majeure dans le secteur pharmaceutique. Les cybersquatteurs exploitent la popularité mondiale du médicament pour générer du trafic, vendre des produits non autorisés ou promouvoir des alternatives douteuses.
Pour les titulaires de marques pharmaceutiques, la surveillance proactive des noms de domaine devient essentielle. Les variantes contenant des termes comme “official”, “natural”, “cheap” ou “store” restent particulièrement utilisées dans les campagnes de contrefaçon et de tromperie en ligne.
D’autres affaires similaires liées à des médicaments et à des sites frauduleux sont disponibles dans notre rubrique dédiée à la détection de contrefaçon de médicaments.
Jean-François POUSSARD est cofondateur de la société SOLIDNAMES, spécialisée dans les noms de domaine internet.
Jean-François évolue dans l'univers du droit des marques sur internet depuis le début des années 2000. Il s'intéresse à tous les enjeux liés aux noms de domaine et écrit régulièrement sur le sujet.
À propos de Faux.fr par Solidnames
FAUX.FR est un vrai site d’informations de SOLIDNAMES, société spécialisée dans les noms de domaine internet.
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