Une UDRP remportée par Jacob Delafon concernant le nom de domaine jacobdelafonshop.com illustre les risques liés aux faux sites marchands qui usurpent l’identité de marques reconnues dans le secteur des sanitaires. Dans sa décision D2026-3034 du 1er septembre 2026, l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI) ordonne le transfert du nom de domaine à Kohler Co., titulaire des droits invoqués.
Derrière une adresse qui inspire confiance, le site litigieux propose des équipements de salle de bains sous la marque JACOB DELAFON. Pourtant, des consommateurs signalent des commandes non livrées. Cette affaire rappelle donc l’importance de surveiller les noms de domaine et les sites marchands frauduleux.
UDRP Jacob Delafon : une marque historique au cœur du litige
Le requérant, Kohler Co., est une entreprise américaine qui détient des droits sur la marque JACOB DELAFON. Sa filiale Jacob Delafon, fondée en 1889, commercialise des équipements de salle de bains. Son catalogue comprend notamment des baignoires, des douches, des lavabos et des produits connexes.
La marque bénéficie d’une présence historique sur le marché français et d’une identité commerciale reconnue. Elle s’appuie sur plusieurs enregistrements de marque, notamment en France, au Royaume-Uni et au Japon. Parmi les droits cités dans la décision figurent la marque française n° 96646493, enregistrée le 17 octobre 1996, et la marque britannique n° UK00900108027, enregistrée le 24 mars 1999.
Par ailleurs, Kohler Co. exploite le site officiel jacobdelafon.com. Cette adresse permet aux internautes de retrouver l’univers de la marque et ses produits. Le nom de domaine contesté reprend intégralement le signe JACOB DELAFON, sans espace, puis ajoute le terme anglais « shop », qui signifie « boutique ».
Cette construction renforce le risque de confusion. En effet, un consommateur peut croire qu’il accède à une boutique officielle de la marque.
Un faux site marchand qui imite l’identité de Jacob Delafon
Enregistré le 11 novembre 2024, le nom de domaine jacobdelafonshop.com dirige vers un site proposant des équipements de plomberie similaires à ceux commercialisés par la marque. Il s’agit notamment de lavabos, de toilettes et de baignoires.
Lors du dépôt de la plainte, le site présentait des contenus en anglais. À la date de la décision, il affichait des contenus en français et proposait les mêmes catégories de produits. Ce changement de langue ne modifie pas le constat central : le site exploite la marque JACOB DELAFON pour attirer les internautes.
Selon les éléments présentés par Kohler Co., le site reprend le logo de la marque, sa police de caractères, son favicon, ses photographies et sa palette de couleurs. Il se présente également comme un site proposant des produits JACOB DELAFON.
De plus, la plaignante a fait état de réclamations de consommateurs qui n’ont pas reçu les produits commandés. Les prix fortement réduits renforcent les soupçons d’une activité frauduleuse. Ils laissent envisager la vente de contrefaçons ou, à défaut, l’encaissement de paiements sans livraison des marchandises.
La décision ne constitue toutefois pas une expertise établissant la contrefaçon de chaque produit proposé. Elle sanctionne l’enregistrement et l’utilisation de mauvaise foi du nom de domaine, au regard des éléments soumis à la commission.
Pourquoi l’OMPI retient-elle la mauvaise foi ?
Dans le cadre de la procédure UDRP, le requérant doit démontrer trois conditions. Le nom de domaine doit être identique ou similaire au point de prêter à confusion avec une marque protégée. Le défendeur doit être dépourvu de droits ou d’intérêts légitimes. Enfin, l’enregistrement et l’utilisation du nom de domaine doivent intervenir de mauvaise foi.
Dans cette affaire, la première condition ne soulève pas de difficulté majeure. Le nom de domaine reproduit l’intégralité de la marque JACOB DELAFON. L’ajout du mot « shop » ne suffit pas à écarter le risque de confusion.
Ensuite, le défendeur ne justifie d’aucun droit ni intérêt légitime. Il n’est pas affilié à Kohler Co. et n’a reçu aucune autorisation pour utiliser la marque. Il n’exploite pas non plus le nom de domaine dans le cadre d’une offre de biens ou de services légitime, ni à des fins non commerciales ou d’usage loyal. Au contraire, le site se présente comme une boutique proposant les produits de la marque, tout en reprenant ses éléments distinctifs.
Enfin, plusieurs indices établissent la mauvaise foi. Les droits sur la marque JACOB DELAFON sont antérieurs à l’enregistrement du nom de domaine. De plus, le contenu du site démontre que son exploitant connaissait la marque et cherchait à tirer profit de sa réputation. Le défendeur n’a pas répondu à la plainte et n’a apporté aucun élément susceptible de contester ces arguments.
L’OMPI conclut donc que le site cherche à attirer des internautes en créant une confusion sur son origine commerciale. Cette pratique relève du paragraphe 4(b)(iv) des Principes directeurs UDRP, relatif à l’utilisation de mauvaise foi d’un nom de domaine.
Le transfert de jacobdelafonshop.com à Kohler Co.
Dans sa décision du 1er septembre 2026, la commission administrative ordonne le transfert de jacobdelafonshop.com à Kohler Co. Cette mesure permet au titulaire des droits de reprendre le contrôle du nom de domaine litigieux.
Cette affaire souligne une difficulté majeure pour les marques : un nom de domaine qui ajoute simplement un terme commercial à une marque connue peut suffire à donner une apparence de légitimité à un faux site marchand. De plus, l’imitation graphique renforce la crédibilité apparente du site et peut tromper les consommateurs.
D’autres marques du secteur des sanitaires rencontrent des problématiques comparables. Retrouvez nos analyses dans la rubrique Sanitaires : les litiges liés aux noms de domaine, notamment les affaires concernant Grohe, Kingston Brass, Kraus et Pfister.
Pour les entreprises, la prévention reste essentielle. La surveillance des noms de domaine, la détection des sites frauduleux et la récupération des adresses litigieuses contribuent à protéger les marques et à limiter les risques pour les consommateurs. Cette décision UDRP Jacob Delafon en apporte une nouvelle illustration.