UDRP Lafarge

Usurpation en béton dans cette UDRP ciblant Lafarge

Publié le lundi 02 novembre 2026 par Jean-François POUSSARD

La décision UDRP Lafarge concernant le nom de domaine <lafarge-gestion.com> illustre les risques d’usurpation d’identité numérique auxquels les entreprises restent exposées. Un expert de l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI) a ordonné le transfert de ce domaine à deux sociétés du groupe Lafarge. Au-delà de l’atteinte à une marque, cette affaire révèle un dispositif frauduleux qui exploite l’identité d’une entreprise industrielle pour proposer de prétendus services financiers.

UDRP Lafarge : deux sociétés du groupe face à une fraude

La procédure oppose FINANCIERE LAFARGE SAS et LAFARGE SA à un défendeur dont l’identité reste confidentielle dans la décision publiée par l’OMPI. Le nom de domaine litigieux <lafarge-gestion.com> a été enregistré le 8 janvier 2026 auprès du bureau d’enregistrement GoDaddy.

Les deux requérantes appartiennent au même groupe de sociétés. FINANCIERE LAFARGE SAS exerce notamment le rôle de holding financière du groupe LAFARGE. De son côté, LAFARGE intervient dans le secteur des matériaux de construction, notamment du ciment et du béton.

L’entreprise dispose d’une présence industrielle importante en France. Elle emploie 4 200 personnes réparties sur plus de 470 sites industriels. Elle compte également 200 chercheurs. Cette implantation et cette activité contribuent à la visibilité de son nom auprès des professionnels comme du grand public.

La protection de cette identité repose notamment sur des droits de marque antérieurs. Les requérantes invoquent la marque internationale LAFARGE, enregistrée sous le numéro 762717 le 6 avril 2001 et régulièrement renouvelée depuis. Elles invoquent également une marque internationale enregistrée sous le numéro 648681 le 18 décembre 1995, elle aussi renouvelée depuis.

Ces droits constituent un élément central du litige. En effet, le nom de domaine reprend intégralement la dénomination LAFARGE. Il lui ajoute simplement le terme « gestion », qui renforce ici la crédibilité apparente de l’offre frauduleuse.

Une fausse division financière pour tromper les internautes

Le nom de domaine <lafarge-gestion.com> ne se limite pas à reproduire une marque. Il sert à construire une identité professionnelle trompeuse.

Lors du dépôt de la plainte, le domaine renvoie vers un site web qui affiche la marque semi-figurative de Lafarge. Le site prétend proposer des services financiers au nom d’une société appelée « Financière Lafargue ».

Cette dénomination présente une différence subtile avec le nom FINANCIERE LAFARGE. Pourtant, le site reprend des informations officielles de l’entreprise visée. Le numéro d’immatriculation et l’adresse postale correspondent à ceux de la plaignante.

Le dispositif exploite donc plusieurs éléments complémentaires : une marque connue, une dénomination sociale proche et des données d’identification authentiques. L’objectif consiste à donner une apparence légitime à une activité financière qui prétend être rattachée au groupe.

Les informations transmises par le bureau d’enregistrement renforcent ce constat. Lors de l’enregistrement du domaine, le défendeur utilise le nom de la plaignante et celui de l’un de ses employés. Il indique également une adresse identique à celle de l’entreprise.

L’affaire présente ainsi un aspect particulièrement préoccupant : l’usurpation ne concerne pas uniquement une marque. Elle vise aussi l’identité d’une société et celle d’un membre de son personnel.

Par ailleurs, les preuves produites dans la procédure établissent un lien entre le site frauduleux et des courriels envoyés dans le cadre d’une autre opération d’usurpation. Ces messages utilisent un autre nom de domaine pour se faire passer pour Lafarge. Le lien vers le site litigieux figure dans ces communications.

Cette articulation entre plusieurs domaines et des courriels frauduleux rappelle qu’une campagne d’usurpation peut mobiliser différents supports pour inspirer confiance à ses destinataires.

La consolidation des requérants acceptée par l’OMPI

Cette décision UDRP D2026-2261 en faveur de Lafarge présente également un intérêt procédural. Deux sociétés déposent une plainte commune, alors que les marques invoquées appartiennent à une seule d’entre elles. Les requérantes ne fournissent pas d’explication spécifique sur cette consolidation dans leur plainte initiale.

L’expert Benjamin Fontaine examine donc la possibilité de traiter les deux sociétés comme des requérantes conjointes. Selon les principes rappelés dans la synthèse des avis des experts de l’OMPI, cette consolidation suppose notamment l’existence d’un grief commun et l’absence de préjudice procédural pour le défendeur.

En l’espèce, trois éléments emportent la conviction de l’expert.

Premièrement, les éléments non contestés établissent que les requérantes appartiennent au même groupe de sociétés. Deuxièmement, l’une d’elles est directement visée par le dispositif frauduleux. Enfin, le défendeur ne présente aucune réponse à la plainte.

L’expert considère ainsi que les sociétés peuvent avoir un grief commun à l’encontre du défendeur. Il estime également que l’acceptation de la plainte conjointe ne porte pas préjudice à ce dernier.

La consolidation est donc autorisée. Les deux sociétés peuvent poursuivre ensemble la procédure UDRP, ce qui permet de traiter leur litige dans un cadre unique.

Un enregistrement et une utilisation de mauvaise foi

Pour obtenir le transfert du domaine, les requérantes doivent satisfaire aux trois critères de la procédure UDRP : établir la similitude du domaine avec une marque protégée, démontrer l’absence de droits ou d’intérêts légitimes du défendeur, puis prouver l’enregistrement et l’utilisation de mauvaise foi.

L’expert retient les trois critères.

D’abord, l’ajout du terme « gestion » ne supprime pas le risque de confusion avec la marque LAFARGE. Le signe protégé reste intégralement reconnaissable dans le nom de domaine.

Ensuite, le défendeur ne justifie d’aucun droit ni intérêt légitime. L’utilisation du domaine dans le cadre d’une opération frauduleuse ne peut lui conférer de tels droits.

Enfin, plusieurs indices établissent la mauvaise foi : l’utilisation des coordonnées de la plaignante et de l’un de ses employés lors de l’enregistrement, la reproduction de la marque semi-figurative sur le site, la reprise des éléments d’identification de l’entreprise et le lien avec des courriels frauduleux.

Le silence du défendeur ne suffit pas, à lui seul, à démontrer la fraude. Toutefois, il ne permet pas de contester les éléments présentés par les requérantes. L’ensemble des preuves conduit donc l’expert à conclure à la mauvaise foi.

Le 9 juillet 2026, il ordonne le transfert de <lafarge-gestion.com> au bénéfice des requérantes.

Surveillance des noms de domaine : un enjeu de protection des marques

Cette affaire rappelle l’importance d’une surveillance régulière des noms de domaine reprenant une marque, notamment lorsqu’ils associent celle-ci à des termes liés à la gestion, à la finance ou aux services professionnels.

Pour les entreprises, la détection d’un domaine suspect constitue une première étape. Il convient ensuite de conserver les preuves, d’analyser les éventuels courriels associés et de vérifier les informations disponibles auprès du bureau d’enregistrement.

Une procédure UDRP peut permettre d’obtenir le transfert d’un nom de domaine lorsque les conditions requises sont réunies. Elle ne remplace toutefois pas les autres démarches susceptibles de s’imposer face à une escroquerie.

L’affaire Lafarge montre enfin qu’une identité numérique frauduleuse peut dépasser le simple cybersquatting. En combinant une marque, des coordonnées réelles et l’identité d’un employé, un fraudeur peut chercher à donner une apparence officielle à une activité trompeuse. La surveillance des noms de domaine constitue donc un levier essentiel pour détecter ces risques et protéger la confiance accordée aux entreprises.


À propos de Faux.fr par Solidnames

FAUX.FR est un vrai site d’informations de SOLIDNAMES, société spécialisée dans les noms de domaine internet.

FAUX.FR est un site web d’actualité traitant de faux sites web vendant de la contrefaçon et de faux mails utilisés pour du phishing.

 

SOLIDNAMES, Surveillance, Rachat et Achat Noms Domaine Internet

 

SOLIDNAMES propose des services de surveillance de marque, de rachat et de gestion de noms de domaine.

SOLIDNAMES est un bureau d’enregistrement accrédité par l’AFNIC pour l’achat de nom de domaine.

La société SOLIDNAMES a été créée par Anthony DON et Jean-François POUSSARD. L’entreprise évolue dans le coworking SOLIDPLACES à Bordeaux.

SOLIDNAMES et ses noms de prestations Brand Alert et SecURL sont des marques enregistrées, protégées et surveillées 😊.


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